samedi 12 juin 2010

Le discernement

Une autre définition du Yoga, sinon LA définition de qu'est-ce que le yoga?

Le Yoga c'est d'être capable de faire le discernement.

Discerner, le chaud du froid, le tiède du chaud, le bien du mal, le vrai du faux, etc.

Pour pouvoir discerner, il faut d'abord avoir la connaissance sinon nous restons évidemment dans l'ignorance.

Nous devons acquérir Vidya : La connaissance. Vidya peut être considéré comme une voie à suivre, être dans la connaissance afin de pouvoir voir et être dans la vérité.

Patanjali nous dit qu'il y a 5 Kléshas ou 5 afflictions (douleur, accablement) qui nous empêchent d'être dans la connaissance. Ces 5 Kléshas sont considérés comme les causes de la souffrance (dukkha).

Parmi ces 5 afflictions, il y a :

  1. Avidya: l'ignorance.
  2. Asmita: le sens du « je ».
  3. Rāga: l'attachement.
  4. Dveṣa: l'aversion.
  5. Abhiniveśa: la peur.

Avidya: l'ignorance


L'ignorance c'est bien évidemment la non-connaissance ou ce que l'on croit vrai mais qui ne l'es pas, l'aveuglement. Il peut aussi être une chaîne d'illusions que l'on veut bien se faire croire à soi-même. ''Je ne sais pas que je sais'' ou ''je ne sais pas que je ne sais pas''.

Avidya c'est être dans l'obscurité, il faut alors ''éclairer notre esprit'' afin de rendre cette ignorance en connaissance. ''Je sais que je ne sais pas'', '' je sais que je sais.''



Asmita: le sens du « je »

C'est le ''je, me, moi, me, myself and I''. C'est notre Ego, avoir un peu d'Ego c'est bien, mais dans ce cas-ci, c'est l'Ego dans le sens très large du terme! C'est quelqu'un qui sait tout. ''Ha! Moi je sais, oui oui , je sais.'' Il n'y a alors pas de place pour la discussion, ni pour l'échange avec quelqu'un qui est imbus de lui-même. Que faire avec une personne ainsi? La réponse: Rien. Il n'y a rien à faire, excepté de reconnaître qu'elle est dans le JE et dans son Ego. Les personnes qui restent ainsi dans Asmita, reste dans la non-connaissance et dans le non-avancement, à moins qu'elles fassent du Yoga ;) ou qu'elles se rendent compte par elles-même que parfois nous pouvons apprendre des autres, que nous ne savons pas tout et que personne n'a la connaissance infuse. La connaissance est un apprentissage et c'est le travail d'une vie. La connaissance c'est aussi être capable de dire: ''Je ne sais pas, mais apprend moi.''


Rāga: l'attachement

C'est l'attachement matériel, mais aussi l'attachement émotionnel (aux personnes). ''Quand j'aurai ceci ou cela, je serai heureux'', ''Quand j'aurai trouvé la bonne personne, je serai heureux.'', ''je ne veux pas perdre tout ce que j'ai acquis au niveau matériel, car je serais malheureux.'', ''maintenant que j'ai une nouvelle voiture, je peux être heureux'', etc.

C'est être encore là être dans l'ignorance et dans une forme de souffrance car nous attendons toujours quelque chose. Le bonheur n'est pas dans ce que nous possédons ou pas et il n'est pas non plus dans le regard des autres. Le bonheur, il est à l'intérieur de nous. Quand nous arrivons à le comprendre, mais aussi à tenter de le vivre (pas facile), nous pouvons réellement atteindre un état de paix intérieur.

''There is no way to happiness, happiness is the way''
- Bouddha


Dveṣa: l'aversion

C'est prendre notre expérience du passé et la projeter dans le futur, c'est ne pas aller vers quelque chose ou quelqu'un par aversion, par jugement, par mépris, etc.

''Dans le passé, j'ai eu telle ou telle expérience malheureuse, alors je ne veux plus jamais revivre cela.'' on prend le passé et on le projette dans le futur. ''Je n'aime pas cette personne juste à cause de son apparence.'' donc par aversion, nous nous empêchons d'être en relation avec certaines personnes juste parce que nous portons un jugement et je suis certaine que nous passons souvent à côté de beaucoup de choses qui pourraient nous faire avancer. C'est dommage et malheureux.

Nous préférons rester dans l'ignorance au lieu de voir ce qui est tel qu'il est et pas comme nous pensons le voir, je pense qu'il faut enlever nos filtres et voir autrement.

''L'essentiel est invisible pour les yeux.''
- Saint-Exupéry



Abhiniveśa
: la peur


C'est d'après moi, celui qui nous fait rester le plus dans l'ignorance, qui nous empêche d'avancer. C'est celui qui ,je pense, est le plus difficile à surpasser.

Nous connaissons tous la peur. La peur des araignées, la peur du vide, la peur de ne pas réussir, la peur de ne pas plaire, la peur de tout ce que vous voudrez. Mais je crois qu'ici, il y a une peur plus subtile qu'il vaut la peine d'être mentionnée.

C'est la peur de l'inconnu. Nous avons peur de ce que nous ne connaissons pas. Parfois on est dans une situation qui n'est pas forcément bien ou confortable, mais par peur de l'inconnu on préfère rester dans cette inconfort plutôt que de vouloir réellement changer les choses ou notre façon de vivre. Des exemples, il y en a plein et je suis certaine que vous pouvez en voir quelques uns de votre propre expérience.

Mais je vous en donne quelques uns: ''Un alcoolique qui boit pour fuir ses émotions, il aimerait arrêter de boire, mais gérer ces émotions est quelque chose de tellement inconnu qu'il préfère rester dans sa bouteille, même si celle-ci le fait souffrir lui et son entourage.'' , ''un couple qui ne s'aime plus, mais qui préfère rester ensemble, car ils ont peur de tout perdre leur matériel ou encore de se retrouver seuls?'', ''Je ne ferai pas ceci ou cela, parce que j'ai peur de ce que les autres vont penser, alors je vais rester sur mes envies, au lieu de les vivre'', etc.

Parfois notre inconfort nous semble plus confortable que le courage d'affronter notre peur de l'inconnu, qui peut être une source d'anxiété. Même si cet inconfort est moche, nous le connaissons et ça c'est rassurant!! Alors, la plupart du temps, nous ne bougons pas et restons dans la souffrance jusqu'à ce qu'elle nous soit vraiment insupportable, alors nous nous retrouvons avec des dépressions, des maladies, des dépendances, un mal de vivre, etc.

La peur nous empêche d'avancer. Il faut se débarrasser de ce boulet qui nous empêche d'évoluer. Personne n'a dit que la vie était facile, ils ont juste promis que ça en valait la peine!

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Le Yoga c'est discerner la connaissance de l'ignorance. Si je n'écoute pas mon coeur, je resterai dans l'ignorance, il est ma connaissance, ma voie à suivre, même si je ne sais pas où il m'emportera.

La connaissance pour moi en ce moment, c'est de reconnaître que seul le changement ne change pas. La vie est en mouvement perpétuel et ce pour tous les êtres! Allez à l'encontre de cela, c'est rester dans l'obscurité.

''Je lève les yeux au ciel, je me prosterne devant la vie et j'accepterai la pluie.''
- moi-même

Merci la vie, je l'aime! :)





lundi 31 mai 2010

Chapitre I - 3

I - 3 tadâ drastuh svarûpe avasthânam

tadâ: alors
drastuh: du témoin, du principe de conscience
svarûpé: dans sa vraie nature, dans sa propre forme
avasthânam: l'établissement, le fait de s'établir

Alors se révèle notre Centre établi en lui-même ou Alors le Soi s'établit dans sa vraie nature.

Patanjali nous dit que si nous arrêtons les activités du mental, nous pourrons nous établir en nous-même. Il parle de drashtar, c'est le témoin immobile établit en nous, celui qui voit, qui perçoit, nous pouvons aussi l'appeler le Soi ou le Centre. C'est une richesse que tous les hommes possèdent c'est une source d'amour, de vie, de créativité que nous cherchons souvent à l'extérieur de nous, alors qu'elle se trouve à l'intérieur.

Si pour Patanjali l'arrêt du mental et le fait de s'établir dans son Centre ou dans notre Soi afin de pouvoir révéler notre capacité d'être, paraît si simple . Il n'en est rien, car sommes nous réellement prêts à s'accepter et à se percevoir avec sérénité tel que nous sommes?

Personnellement, je situe mon Centre, mon Soi, mon Atman (le souffle vital) ou encore mon Drashtar au niveau du coeur. Car je pense qu'il est là, la source de mon être se trouve là, mais sommes-nous capable de toujours nous établir dans notre Centre intérieur?

''Il faut parfois faire le tour de monde afin de se retrouver. ''
- moi-même

Chapitre I - 2

I - 2 yogas cittavrttinirodah

yogah: yoga
citta: l'esprit, le psychisme, le mental
vrtti: les fluctuations, les agitations, les modes de fonctionnement, les perturbations
nirodhah: la faculté de diriger, l'interruption

Le Yoga c'est être capable de diriger les activités du mental ou c'est l'interruption de l'activité automatique du mental.

Les vrttis sont comme les ondes faite par le vent sur un lac calme, ils sont toujours présents dans l'esprit, dans le mental, dans le psychique. Ce sont ces petites ondes qui sont parfois la source de nos souffrances. Cet aphorisme nous apprend que le yoga nous permet de calmer et de diriger nos fluctuations du mental, nos pensées, nos émotions, nos sentiments qu'ils soient conscients ou inconscients, dans le but d'atteindre un état de quiétude de l'esprit et afin d'aller à la découverte de soi. Le yoga va favoriser ma présence d'esprit à ce que je suis et à ce que je fais.

Il est important de connaître cet aphorisme afin de pouvoir mettre en lien les autres aphorismes.

Chapitre 1 - 1

Chapitre 1 Samâdhi

I-1. atha yogânusâsanam

atha: et maintenant
yoga: yoga
anu: continuité, de façon interrompue
sâsanam: l'enseignement

Et maintenant, le Yoga va nous être enseigné de façon interrompue (et dans la tradition).

La transmission du yoga se fait d'un maître à son élève et ce de façon ininterrompue. Une certaine démarche aura d'abord été faite par l'élève avant que le maître puisse lui enseigner la tradition. Cela veut aussi dire que le yoga c'est maintenant.

Ce premier sûtra peut paraître un peu vide et simple, mais il n'en n'est rien, car toutes connaissances commencent par l'enseignement, le savoir du maître doit être transmis à l'élève afin que celui-ci puisse le transmettre à son tour et qu'ainsi la tradition puisse ce transmettre de génération en génération. C'est par ce premier sûtra que nous avons la chance de connaître ce texte de Patanjali, puisqu'il a été transmis sans interruption depuis des siècles de maîtres à élèves, jusqu'à nous.

Introduction

Bienvenue sur ce nouveau blog où je consacrerai tous les textes au Yoga et plus spécifiquement au Yoga-Sûtra de Patanjali.

Le Yoga-Sûtra de Patanjali est né entre le IVe siècle avant J-C. et le IVe siècle après. Le traité du Yoga-Sûtra est LE livre le plus exhaustif de la philosophie du Yoga. Tout d'abord, les Yoga-Sûtra était transmis par tradition orale, du maître à l'élève. Ce dernier devait les réciter par coeur afin de pouvoir les maîtriser et les transmettre à son tour. Et maintenant, nous pouvons le trouver dans plusieurs langues et sous différentes interprétations.

Même si nous ne savons pas grand chose de son auteur, a-t-il vraiment existé ou est-ce un mythe? ''Une légende rapporte l'origine du texte: le genre humain en détresse priait Dieu de l'éclairer. Dieu envoya un sage qui composa trois traités pour répondre aux difficultés essentielles:
- un sur la médecine, Caraka-samhitâ, permettant de conserver un corps sain;
- un sur la grammaire, Mahâbhâsyam, permettant la communication entre les êtres humains;
- un sur le yoga, le Yoga-sûtra, permettant la paix mentale et l'accès aux plus hauts niveaux auxquels est destiné l'être humain.'' 1

En bref, le Yoga-sûtra est composé de 195 aphorismes et même si ces aphorismes datent d'avant Jésus Christ, ils sont toujours adaptables à notre société, même occidentale, car ils apportent des réponses et des solutions aux préoccupations humaines, il nous fait comprendre les causes de la souffrance et les moyens de parvenir à la réduire.

Je n'ai pas la prétention de tout connaître sur le sujet et d'ailleurs, le but de ce blog, est d'approfondir ma connaissance des Yoga-Sûtra et de tenter de percer les mystères de ses aphorismes. Ce blog est tout simplement une interprétation personnelle des Sutras et une simple piste de réflexion sur ce traité complexe. Par ma propre expérience, je trouverai mon chemin et je le poursuivrai tout au long de ma vie.



Quelques définitions du Yoga

Afin de mieux comprendre qu'est-ce que le yoga, j'ai choisi quelques définitions qui me parlent:


ATHA TATTVA DARSANA ABHYUPÂYA YOGAH = À cet instant voir ce qui est tel qu'il est, c'est le yoga.

APRAPTASYA PRÂPTIH YOGAH = De l'impossible au possible, de l'inaptitude à l'aptitude c'est le yoga.

ÂTMA AVALOKANA SÂDHANAMYOGAH = C'est l'ascèse pour pouvoir être en contact avec son âme.

JÎVÂTMANPARAMÂTMANOH SAMYOGO YOGA ITI UKTAH = C'est la réunion de l'âme individuelle avec l'âme universelle.

TAM VIDYÂD DUHKHA-SAMYOGA-VIYOGAM YOGA-SAMJNITAM, SA NISCAYENA YOKTAVYO YOGO NIRVINNA-CETASÂ = Pour le pratiquant, celui qui a la connaissance, la séparation d'avec la souffrance c'est le yoga. Ce yoga doit être pratiqué avec détermination.

La liste n'est pas exhaustive, mais ces quelques définitions représentent bien ma vision du yoga.


Légende

Une vieille légende hindoue raconte qu'il y eût un temps où tous les hommes étaient des dieux. Mais ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma décida de leur ôter le pouvoir divin et de le cacher à un endroit où il leur serait impossible de le retrouver. Le grand problème fut donc de lui trouver une cachette.

Lorsque les dieux furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci: "Enterrons la divinité de l'homme dans la terre."

Mais Brahma répondit: "Non, cela ne suffit pas, car l'homme creusera et la trouvera."

Alors les dieux dirent: "Dans ce cas, jetons la divinité dans le plus profond des océans."

Mais Brahma répondit à nouveau: "Non, car tôt ou tard, l'homme explorera les profondeurs de tous les océans, et il est certain qu'un jour, il la trouvera et la remontera à la surface."

Déconcertés, les dieux proposèrent: "Il ne reste plus que le ciel, oui, cachons la divinité de l'homme sur la Lune."

Mais, Brahma répondit encore: "Non, un jour, l'homme parcourra le ciel, ira sur la Lune et la trouvera."

Les dieux conclurent: "Nous ne savons pas où la cacher car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d'endroit que l'homme ne puisse atteindre un jour."

Alors Brahma dit: "Voici ce que nous ferons de la divinité de l'homme: nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c'est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher."

Depuis ce temps-là, conclut la légende, l'homme a fait le tour de la terre, il a exploré, escaladé, plongé et creusé, exploré la lune et le ciel à la recherche de quelque chose qui se trouve en lui.



Bonne lecture, Namasté

Dannie


1. Miroir de soi , B. Bouanchaud, Saint-Raphaël, 2007.